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Poésie

La nuit des cafés longs… PDF Imprimer Envoyer

La nuit des cafés longs . . .


Nouvelle par Xavier Eman


Bien que fort peu sensible au charme des envolées lyriques des sirènes québécoises dont les hymnes douloureux envahissent avec opiniâtreté les ondes hexagonales, je débarquais un matin presque ensoleillé  à l’aéroport de Montréal, répondant à l’invitation de quelques amis exilés en ces terres américaines pour tenter d’échapper à la déréliction française…

L’herbe est toujours plus verte…

Le premier panneau  rougeoyant  barré d’un impératif« Arrêt » invitant les automobiles à stopper leur course vous plonge immédiatement dans l’ambiance un peu obsidionale de cette « Nouvelle France » qui redoute tant d’être dévorée par l’anglicisme à tendance états-unienne.

Les panneaux de signalisation routière comme autant de sentinelles de la francophonie…

Autre constat immédiat, le québécois conduit mal, c’est à dire qu’il n’est pas hystérique et compulsif  au volant  ce qui est proprement insupportable à tout parisien qui se respecte…

A l’écoute des premières intonations de cet improbable accent qui fait la réputation de la contrée, on retiendra difficilement un petit sourire sarcastique, profondément idiot bien sûr et qui explique sans doute en partie l’exécrable réputation dont jouissent les français chez leurs cousins d’outre atlantique.

Mais passons aux choses sérieuse set allons boire des bières.

Un peu barbouillé par la tambouille médicamenteuse généreusement distribuée par la compagnie aérienne, je délaisse temporairement les plaisirs éthyliques, à la grande stupeur de mes camarades, et commande un café. Erreur fatal, mais classique, du touriste débutant.

Je vois alors arriver sur la table une tasse démesurée contenant un liquide légèrement brunâtre qui n’a certainement jamais dû empêcher quiconque de dormir la moindre minute…

Après ingurgitation laborieuse de cette boisson saumâtre, je constate avec horreur que la plupart de nos voisins de tablée  en ont déjà consommé plusieurs tasses tout en conservant des mines largement épanouies… Plus tard dans la rue, je surprendrais d’innombrables quidams portant à la main d’immenses boites cartonnées contenant la même soupe caféinée…

La langue anglaise n’a pas encore triomphé dans la belle province mais le jus de chaussette anglo-saxon, lui, règne ne maître…

« C’est bien la peine de voyager pour ne retenir que ce genre d’insignifiances » me direz-vous d’un ton justement dédaigneux. Certes, je vous l’accorde. Mais si vous voulez de précieux et doctes commentaires sur la richesse cosmopolite de Montréal, la foisonnance de sa scène musicale, la plénitude de ses parcs et la sympathie de ses écureuils, je vous invite à consulter n’importe lequel des innombrables guides touristiques qui encombrent les rayonnages fatigués de nos librairies de bougistes névrotiques.

J’ai malgré tout bien conscience que la fascination du café long en milieu nord-américain c’est un peu court, si je puis dire, comme illumination poético-littéraire… mais après tout d’autres se sont bien faits  un nom avec des madeleines au beurre.

Très de persiflage irrévérencieux, revenons aux faits.

Car non content de se délecter de cette mixture au petit-déjeuner  et au cours des diverses pauses ponctuant la journée, nos rustiques cousins accompagnent également leurs repas du midi et du soir de ce café qui mérite si peu son nom. Il faut toute l’insistance désespérée du français dipsomane sentant poindre le manque pour qu’une bouteille de vin rouge, vendu il est vrai à un prix quasi-prohibitif, vienne quelque peu égayer la table.

Bien sûr il existe des établissements italiens qui servent d’honnêtes expressos et autres capuccinos mais comme on leur a expliqué qu’il fallait être le dernier des ploucs pour aller dans un bistrot italien lorsqu’on visite le Canada (en voyage, il faut être « local » jusqu'à la nausée…), les touristes ne s’y aventurent guère. Ils sont donc condamnés au matraquage intensif des cafés longs. Pas de quoi vous gâcher le séjour mais suffisant pour vous plonger dans des abîmes de mélancolie à la fin de chaque repas.

Garçon, un petit noir serré !