id)) {echo "
Rejoignez-nous sur
Et suivez l'actualité littéraire en temps réel
logo-facebook-detoure Twitter_logo

Poésie

PDF Imprimer Envoyer

Tesson en plein axe

Par Pierre de Jaumont

 

tesson
L’heure des tours opérateurs, des vols discount, des Airbus toujours plus géant, il est intéressant de se poser la question sur l’utilité du voyage. Qu’est-ce qui nous pousse à quitter nos proches, notre environnement immédiat pour aller voir ailleurs ? Nombre sociologues, philosophes, écrivains se sont penchés sur la question. Le malheur veut qu’il y ait autant de formes de voyage que de voyageurs. On peut bien évidemment les ranger par catégories mais ce n’est pas le but de mon papier.

 

Non, ici, je ne voudrais rendre hommage qu’à un type particulier de voyageur : l’aventurier. Bien évidemment, on pourra me rétorquer que l’aventure est au coin de la rue et qu’il n’est point besoin d’aller au bout de la planète pour découvrir l’autre, pour se découvrir. Mais il me semble important, à l’orée du nouveau millénaire, de promouvoir une démarche que l’on croit à jamais éteinte. Tout aurait été défriché, l’homme aurait repoussé toutes ses limites… Le XIXe siècle et le début du XXe siècle auraient clos ce chapitre. Erreur. Il ne s’agit plus de rapporter à l’humanité des bouts du monde mais d’aller simplement au bout de soi-même. En cela, on ne vous propose plus aujourd’hui de regarder et de voir avec les yeux d’autrui mais de vivre vos rêves.

Certes, la démarche n’est pas aisée. Il faut d’abord se convaincre soi-même, puis les autres, incrédules, qui ne croient pas la chose concevable. Je dis cela, moi le disciple d’Oblomov, parce que j’ai franchi le Rubicon et que j’y ai pris goût. Je n’en ai que plus de bonheur à lire l’aventure de Sylvain Tesson [1], de marcher en pensées sur les pas des évadés du Goulag, comme j’ai pu, un temps, suivre le galop du baron Ungern jusqu’aux portes du palais d’été du dernier roi Mongol… Parti de Yakoutie en juin 2003, Sylvain a relié à pied, à cheval, en vélo, le golf du Bengale sur les traces du Polonais Slamovir Rawicz qui en 1941, se serait évadé d’un camp d’internement soviétique. Hommage aux évadés politiques en général, hommes et femmes dont la soif de liberté a triomphé des obstacles.

Le voyageur est ce qui importe le plus dans un voyage. C’est ce que nous rappelle André Suarès dans son introduction au merveilleux Voyage du Condottière : « Comme tout ce qui compte dans la vie, un beau voyage est une œuvre d’art : une création (…) Les pays ne sont que ce qu’il est. Ils varient avec ceux qui les parcourent (…) Un homme voyage pour sentir et pour vivre. A mesure qu’il voit du pays, c’est lui-même qui vaut mieux la peine d’être vu. Il se fait chaque jour plus riche de tout ce qu’il découvre. Voilà pourquoi le voyage est si beau, quand on l’a derrière soi : il n’est plus et l’on demeure ! C’est le moment où il se dépouille. Le souvenir le décante de toute médiocrité. Et le voyageur, penché sur sa toison d’or, oublie toutes les ruses de la route, tous les ennuis et peut-être même qu’il a épousé Médée».

 

Je n’aurais, finalement, que peu parler de Sylvain Tesson, de sa formidable aventure. Peut-être parce qu’elle est à vivre, tout simplement, à vous d’en décider…

 


[1] Sylvain Tesson, L’Axe du loup (de la Sibérie à l’Inde sur les pas des évadés du Goulag), Robert Laffont, 20 euros.