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Poésie

Un lamentable Dieu PDF Imprimer Envoyer

Kratochvil, entre imaginaire et fantasmagorie

par Pierre de Jaumont

lamentabledieuAvec la dernière traduction du roman de l’écrivain tchèque Jiři Kratochvil nous retrouvons le cadre des livres qui sentent le vieux pour mieux nous rendre au pouvoir de l’imagination. De vieilles bâtisses pragoises dont le vestibule aurait pu accueillir un court de tennis, des couloirs glacés, des fenêtres sales. A cela s’ajoute des personnages inquiétants. Peur de l’autre, de Mamour, tendre sobriquet pour une tante impitoyable qu’on imagine parente de folcoche, impuissance qui en découle. En fait, une interrogation sur la place de l’individu dans des structures collectives qu’elles soient familiales ou étatiques.

Dès l’entame de la narration, l’auteur s’adresse au lecteur, le prend à témoin, l’implique dans le récit. On le suit pas à pas dans ses pérégrinations, ses souvenirs. Ce serait le petit garçon qui viendrait, adulte, demander des comptes et qui n’y arriverait pas. Secrets de famille. Petites lâchetés. Mépris. Il faut porter le poids des mots, le choc des révélations recueillies au fil du temps, ingrat, qui vous impose un fardeau bien trop lourd. Ceux qui se révoltent seront écrasés.

Si l’histoire semble compliquée, c’est qu’elle est fidèle en cela à l’existence, finalement. Qui ne s’est jamais perdu dans le dédale obscur des secrets de famille de cet oncle qui, de cette lointaine cousine qu’on évoque qu’avec effroi. Tout un chacun peut se retrouver dans cette situation. Or le héros ne désire que mener une vie sans histoire. Rapidement, ce simple but prend des allures de quête impossible au fil d’un conte où les évènements et les personnages secondaires s’acharnent à briser l’impossible routine. Cet univers oppressant, Aleš tentera de le fuir, allant jusqu’à tout abandonner, de la bibliothèque où il travaille à son identité, ne se supportant plus lui-même. Il peut enfin s’éloigner dans une longue dérive.

Le récit se situe en 1991, après le changement de régime tchécoslovaque. Allégorie. Jeu de miroirs entre le poids de la famille Jordan, nébuleuse toujours prête à se reconvertir et la société corrompue. Absurdité d’un monde lamentable. Le passé reste vivant, même dans la nouvelle société. La « famille » s’est juste adaptée très habilement à ces nouvelles circonstances et conditions, monstre fossile capable de se réveiller à tout moment. L’argent, le pouvoir reste dans les mêmes mains. Ainsi, l’auteur a voulu revisiter les vieux mythes didactiques dans un récit faussement banal et paradoxalement, par ce jeu de masque, il réhabilite une forme d’expression proche du théâtre. Le rideau se lèvera sur l’internement de l’enquiquineur.

Désormais, il pourra se reposer et retrouver son intégrité morale loin de la folie des hommes !