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Poésie

"Un garçon d'autrefois" de Pol Vandromme PDF Imprimer Envoyer

VANDROMME, SOUVENIRS QUI PASSENT

par Patrick de Retonfey


ungarcondautrefois« L’imaginaire se promène dans notre passé comme un sourcier dans la montagne ».


Vandromme est un sage reconnu par ses pères, consacré en 1984 par le Grand Prix du Rayonnement français, il a reçu en 1992 le Grand Prix de la Critique de l’Académie française. Né à Charleroi le 12 mars 1927, ses origines familiales étaient jusqu’à présent contées dans ce qu’il appelle évocation, qui sont autant de fragments de mémoires ; précisons encore qu’il est entré en journalisme à la Libération, et qu’il n’en sortira sans doute jamais.

Un garçon d’autrefois[1], son dernier ouvrage est, comme l’indique à juste titre et très joliment le quatrième de couverture, le mémorial d’un écrivain pudique qui avait répugné, jusqu’ici, aux aveux intimes. Son entame de livre me fait penser à L’ironie du sort de Paul Guimard ; cette Roue de la Fortune qui se joue de nos certitudes, convictions. Pourquoi ? Comment ? Nous ne savons pas. Pourtant, il nous faut vivre et survivre. Une certitude aussi, nous nous formons davantage à notre insu qu’à notre guise.

Il faut vivre avec son temps. N’est-il pas ? Or quand la mémoire ne nous fait pas défaut, nous nous alourdissons de quelques souvenirs qui, malgré l’usure du temps, gardent un intérêt à devenir témoignage. L’auteur aura passé sa jeunesse davantage à la lumière d’un réverbère au coin de sa rue que sous les lustres des salons d’une quelconque bourgeoisie de province qui en avait oublié jusqu’à Paris : la banalité pour quotidien. Charleroi, pays noir. Un horizon qu’il n’aura pas quitté, vieillissant face à lui.

La raison du terroir, son refuge, port d’attache en fera un prisonnier volontaire : ici ou ailleurs peut importe écrit l’auteur. Il ne cherche plus à expliquer les caprices d’une destinée. Cette méditation sur l’enfance n’est pas pour autant une recherche nostalgique du temps perdu. C’est donc sous la forme de cartes postales, château de cartes qu’il dessine d’une plume acérée la simplicité d’un monde en suspend avec l’importance du charbonnage qui tuait ce qui vivaient de leurs mains, les autres lui devaient la plupart de leurs routes, vitrines, fêtes : apogée du mécénat paternaliste. C’est la pitié filiale qui le porte à rendre hommage aux petits, sans-grade, ceux qui sont morts dans l’anonymat et l’indifférence, ce drame quotidien d’une région calvaire ou le non-espoir se transforme vite en certitude : « La banlieue trace mes mots de mégère qui lui font des scènes de ménage, mais avec elle je forme un couple qui ne divorcera pas ». Sentiment complexe, entêté, déraisonnable, mais avec l’amour humble des orgueilleux dans leur dénouement, indéfinissable, quasi indicible. Il a vécu dans la paroisse d’un quartier qui n’était pas sorti du Moyen Age avec ces chanteurs de rue comme dans les films de René Clair, le crottin qu’on ramassait comme Prévert les feuilles mortes : une vie sans trépidation, économe, réglée comme du papier à musique ; le temps sans cri, sans poids, insensible. On y retrouve l’atmosphère retranscrite par Gaxotte dans Mon village et moi, les querelles entre calotins et impies, l’école libre et l’autre… Si ajoute les désastres de la guerre et les grands mots jetés sur des cadavres pas toujours propres quand chaque camps pataugeait dans son bourbier, fosse commune de la déraison : « L’éloquence faisait les quatre cents coups avant de fusiller à bout portant ».

Avec le temps, notre hussard wallon a compris que la façon de dire et d’être importe plus que ce que l’on dit et ce que l’on croit être. Là, la figure des grands-parents maternels est des plus explicite. Le grand-père, homme robuste, de caractère mais aussi animé d’une foi simple, chêne invulnérable ; la grand-mère catholique à la sagesse d’un autre âge. Ses propres parents ne pourront jamais atteindre à leur empyrée : le père trop rond de cuir, attaché à ses promotions, pourtant honorable résistant et une mère qui aura perdu la poésie, la naïveté de son ascendante. Comme le dit si bien Vandromme, ce n’est rien de naître au monde, mais c’est de naître à soi-même qu’il importe ! Ce sera pour l’auteur le message clef d’une vie, d’une œuvre et pour nous lecteur une réflexion à méditer pendant ce temps de carême…

[1] Pol Vandromme, Un garçon d’autrefois, Souvenirs de jeunesse, éditions du Rocher, 166 pages, 13,5 euros.