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Poésie

L'histoire assassinée PDF Imprimer Envoyer

L’HISTOIRE ASSASSINEE

par Guillaume Beghin

lhistoireassassineLa récente affaire Petré-Grenouilleau qui vit cet historien des traites négrières attaqué en justice pour « apologie de crime contre l’humanité » aura au moins eu pour mérite de faire sortir les historiens professionnels de leur habituelle discrétion. Après la création de leur association « Liberté pour l’histoire » et un livre de René Rémond , c’est au tour de Jacques Heers – médiéviste réputé – de prendre la plume pour défendre sa profession .

Quelle est la situation de l’histoire aujourd’hui ? Franchement, à lire ce livre, elle n’a pas l’air folichonne. Car l’historien est confronté à de nombreuses difficultés. Les sources, sa matière première, se rebellent constamment, s’obstinant à ne pas couvrir certaines lacunes ou refusant de rester objectives mais se faisant l’écho de l’opinion de leurs auteurs. Nombreux sont ceux à s’y fourvoyer ou à « accommoder » les vides. Les sources à l’allure les plus honnêtes, les chiffres eux-même, refusent de se laisser manipuler en multipliant les inconnues, les unités de mesures – parfois incompatibles – au point d’avoir lancé sur de fausses pistes toute une génération d’historiens professionnels (l’école des Annales) victime de la vision marxiste de l’histoire. Certaines erreurs – pas toujours innocentes – ont fait leur nid dans les esprits. La contagion est partie des écoles de la IIIe république pour se répandre dans les livres et films historiques rendant désormais tout démenti impossible. Les noms de rue sont déjà contaminés, les « gentils » clairement démarqués des « méchants », et malheur à qui ne se range du côté de cette « histoire citoyenne ». Celle-ci défend le « mythe du progrès » et prône « l’ouverture aux autres », en particulier l’orient. Ne devons nous pas tout notre savoir aux arabes[1] ? L’islam n’a-t-il pas permis sur ses terres la paix entre les civilisations face à un occident intégriste ? N’émettez pas le moindre doute sur ces dogmes sous peine d’être très mal vu. Mais peut-être les historiens professionnels, eux qui connaissent la vérité, conscients de leurs erreurs passées, pourraient-ils la rétablir ? Hélas, l’historien d’aujourd’hui est forcé de travailler en « laboratoires » agréés et subventionnés en fonction de leurs thèmes d’études – donc politiquement correct – et de leur productivité – ce qui les pousse à multiplier articles et colloques superficiels au détriment d’études de fonds. Ajoutez-y la croissance exponentielle de leurs charges scolaires et administratives ainsi que la baisse programmée (et en cours) du niveau de la plupart des étudiants (et donc futurs professeurs) et vous deviendrez sur ce point aussi pessimiste que l’auteur qui ne voit même plus la peine de conclure à la fin de son réquisitoire. Sans doute la situation n’est-elle pas (encore) aussi noire qu’il la présente, mais cet essai réussi à montrer les difficultés passées, présentes (et même futures !) de l’historien ainsi que quelques exemples de désinformation par l’histoire.

Un livre à offrir d’urgence à tout professeur et étudiant d’histoire de votre connaissance !

[1] Voir à ce sujet l’article de Jacques Heers pour le n°1 de la Nouvelle Revue d’Histoire.