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Poésie

Le voyage de Jean-Baptiste, Hervé Rougier PDF Imprimer Envoyer

En partance avec Herve Rougier, des Vosges à Vienne

par Patrick de Retonfey

levoyagedejeanbaptiste1890. Saint-Dié des Vosges. Jean-Baptiste, humble paysan d’une soixantaine d’années, décide de partir voir ce qui se cache derrière la ligne bleue des Vosges. Marchant vers le soleil levant, il mettra neuf mois pour rejoindre la formidable Vienne de l’empire Austro-hongrois, celle qu’à la veillée, les vieux des pays lorrains évoquaient. Vienne du faste, des arts, carrefour qui lia nombre d’intellectuels et d’écrivains qui en dresseront de merveilleux portraits avant que la première guerre civile européenne ne vienne tout remettre en question.


Mais pour Hervé Rougier[1], Vienne n’est qu’un prétexte pour une délicieuse escapade le long de chemins creux où résonnent les canons de l’histoire, où s’entrechoquent les chopes de bière quand le violon s’est tu. Le livre se veut pédagogique, didactique même. A la façon du Tour de la France par deux enfants, avec expressions populaires, termes techniques même si à la longue cela peut paraître un peu redondant, voire ralentir le récit. Mais peut-on le lui reprocher ? Un public non averti serait vite perdu par les aléas de Clio et ce genre de démarche peut inciter le lecteur à aller plus loin, à se documenter.
Ce qu’en revanche on peut regretter c’est ce constant va et vient entre passé et présent. A nouveau la trame y perd en rythme. Mais il faut lire ce livre si l’on aime les vieilles histoires, celles que l’on contait le soir quand il n’y avait pas encore la télévision et que les familles n’étaient pas monoparentales. En fait un beau témoignage sur un monde disparu, quelques anecdotes associées à des faits historiques souvent oubliés, mais surtout, des « pays » traversés à l’heure où uniformisation et globalisation n’avaient pas encore tout nivelé, de la coiffe de jeunes filles vierges à l’architecture des villages !
Partout à cette époque, la nature est chant, poésie même si la vie est difficile. Nous suivons avec bonheur Jean-Baptiste, nous laissant aller au plaisir de ses rencontres qui ressemblent aux scènes de la vie d’un propre à rien d’Eichendorff, allant ensembles par monts et par vaux tel un « wanderer » (vadrouilleur) si cher à Knut Hamsun, des chutes du Rhin à Schaffhausen, du lac de Constance à Schönbrunn. Pour qui connaît les chemins empruntés, ce sont des images qui surgissent, des souvenirs qui fleurissent. Pour celui qui ne les a jamais empruntés, ce sera sans doute l’éveil d’un intérêt nouveau pour une région riche en histoire au cœur de notre vieille Europe. Pour les Lorrains, une nouvelle occasion de se souvenir des liens qui unissent la Lorraine aux Habsbourg, de François III à l’archiduc Otto de Habsbourg encore récemment présent à Nancy. Dans la même veine et pour prolonger le plaisir, René Jouglet[2] vous entraînera vers les Alpes de la Bavière et du Tyrol à la recherche de la vieille Allemagne.


[1] Herve Rougier, Le voyage de Jean-Baptiste, Editions du Rouergue, 2006.
[2] René Jouglet, Frieda ou le voyage en Allemagne, Editions Grasset, 1932.