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Poésie

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Ficat, un homme en colère

par Pierre de Jaumont

lacoleredachilleIl n’est pas rare que des amis, connaissant mon goût pour les ouvrages bien charpentés, me demandent de leur trouver quelque classique. Homère revient souvent. Le plus connu certes, mais aussi et surtout le père de ce qu’on appelle aujourd’hui la littérature. Moi-même, j’ai redécouvert l’Iliade à l’occasion d’un voyage en Asie ! Le dernier livre de Charles Ficat ne pouvait que m’interpeller et sa démarche qui me rappelait tant l’Ulysse de Giono me séduire.

Achille est mort. Il ressasse son passé. Sa jeunesse, son exubérance, sa foi en lui-même, son courage au combat. Demi-dieu mortel dont les actes sont éternels. Bref une existence brève et orageuse. C’est écrit avec fougue, d’un jet de lance. Précis. Percutant. Les mots galopent sous la phrase. On y retrouve le souffle de l’épopée : « la bataille convoque la jeunesse comme l’océan appelle le marin. Des sirènes élèvent la voix et toute volonté se soumet à la force du chant ». Pour son supplice et sa gloire, Achille aux pieds rapides marchera sur Troie. En douze chapitres, Ficat peut poser son personnage et ce n’est pas rien. Comme le soulignait en son temps Denis de Rougemont, il n’est jamais aisé de retranscrire pour les plus humbles de hautes idées, alors, lorsqu’il s’agit d’Homère ! Les puristes vous attendent au tournant cherchant la faille, l’erreur inexcusable et le lecteur, lui, ne veut s’ennuyer ni lire une pâle copie de l’original. Et on les comprend. Rassurez-vous, ici, tout s’accorde comme du papier à musique. L’auteur connaît son affaire sur le bout des doigts et passé les premières pages, on se laisse entraîner avec grand plaisir. On embarque avec Achille sur les navires achéens. Bientôt la gloire animera sa présence au combat. Mais il y a Agamemnon, le perfide, qui, en reprenant Briséas des bras d’Achille change la donne pour de funestes conséquences. Agamemnon incarne le symbole contemporain et éternel de la figure avide de son pouvoir qui méprise les êtres exceptionnels. Mais le danger l’attire, le malheur l’appelle. Patrocle, fidèle ami, trompé par les dieux, trahi par les hommes est sacrifié. Il lui faut reprendre la lutte, cette fois-ci pour l’ultime combat. Désormais la colère d’Achille est une quête de la paix intérieure. Il cristallise une fureur de vivre, une impossibilité à se soumettre à un ordre établi sur du faux-semblant. Il s’incarne dans le symbole de la jeunesse éternelle qui tombe au combat, par rejet des compromis du monde adulte. Achille c’est : la jeunesse foudroyée, la révolte contre les élites, la guerre, la poésie et la force du corps. Modèle plus guère usité de nos jours, où lui sont préférés le nivellement au nom de l’égalité, le rejet de l’identité au profit du cosmopolitisme mais valeurs éternelles pour ceux qui croient dans la force du mythe et qui désirent encore s’abreuver aux racines indo-européennes de notre civilisation. Son caractère représente un modèle humain au même titre que Tristan, Faust ou Antigone.

Sur ma lancée, je me suis procuré le petit ouvrage qu’il a commis en 2003[1] et qui confirme son talent. On y retrouve le même amour, la même foi, tout comme le souffle et la poésie qui le caractérisent. Un auteur à suivre décidément et qui démentirait au plus obtus que la littérature n’est pas morte.

[1] Charles Ficat, Clément, Les carnets d’un jeune homme, Editions Bartillat, 2003.