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Poésie

Charles-Ferdinand Ramuz PDF Imprimer Envoyer

Charles-Ferdinand Ramuz

 

par Pierre de Jaumont

ramuzCertaines stars connaissent la gloire en inscrivant leur empreinte sur le bitume d’un trottoir à Hollywood. Il en va différemment des grandes plumes qui, quand elles n’ont pas connu le prestige de la Coupole peuvent espérer se retrouver un jour dans la prestigieuse collection de La Pléiade. C’est le cas de Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947) qui, après Cendrars, apparaît comme l’écrivain suisse de langue française le plus original et méritait donc à ce titre de rejoindre ses aînés.

Le vignoble, le lac et la montagne, ainsi que le travail de la terre, qu’ils soient décrits minutieusement ou savamment exaltés comme les lieux de l’élémentaire où la vie prend naissance, ont permis de classer Ramuz parmi les écrivains régionalistes, voire rustiques, aux côtés de Giono, Mistral ou Pourrat, selon une lecture privilégiant les cadres pittoresques, les mœurs perdues, le culte de la terre (qui ne ment pas) l’idylle aussi. Or Ramuz ne choisit ces lieux de productivité difficile et laborieuse, à la suite de longues réflexions sur la forme et le sujet de l’œuvre d’art, non pour leur beauté propre, mais parce qu’il les considère comme des réservoirs inépuisables d’images capables d’exprimer les processus de la création artistique et la place de l’homme dans l’univers. C’est pourquoi, on pourrait le classer davantage aux côtés d’un Knut Hamsun. De même, dans ses romans, Ramuz s’attache, non à expliquer mais à rendre compte (témoignant en cela d’un esprit religieux) des forces obscures qui ravagent les communautés humaines, malgré leur vie tranquille et l’ordre des choses. La guerre, la misère, les épidémies, les menaces cosmiques, la peur s’incarnent en des hommes apparemment tout simples et travailleurs. A leur contact, les villages se mettent à tourner comme les maisons de Soutine. L’inquiétude, le mal-être, la suspicion, la jalousie, la violence, les frustrations sortent de leur repaire et s’expriment. L’amour se débraille. La volonté de puissance éclate. Un mal effrayant se déploie, on se laisse alors facilement emporter dans le tourbillon mystérieux de la vie comme dans un roman de Lovecraft.

Une œuvre donc plus proche de la fable antique que du roman paysan ou régionaliste. D’ailleurs, on ne saurait dire de Ramuz qu’il est l’écrivain d’une région et qu’il s’est borné à dire le lac et la montagne. Son dessein est indéfiniment plus vaste, et, si son expression prend source dans tout ce qui est à la fois proche et primitif, elle prête à des significations intemporelles qui disent aussi bien son besoin de réconciliation que sa nostalgie de l’unité perdue. Ramuz ne donne jamais dans l’analyse des sentiments, il élude toute psychologie et ne veut soutenir ses ouvrages que par la seule vertu de la poésie. C’est un visuel, il est apte comme personne à saisir l’éternel sous le trait quotidien. L’auteur reste toujours à l’écart, observateur attentif et pénétrant dont la vision transcendante impose aux faits un dépouillement sévère et dont l’art donne aux voies paysannes l’ennoblissement de l’austérité. Pour Ramuz, la vraie beauté, pure, éternelle doit être conçue comme quelque chose qui existe, certes, dans la nature, mais élève ladite nature par le fait qu’elle lui apporte un élément d’immortalité.