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| Curzio Malaparte, L’excursion, Editions Nous, 2012. |
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« Il transportait sa propre cellule avec lui, en lui, dans ce voyage aux Lipari, comme une femme enceinte porte son enfant dans le ventre. Il s’aperçut qu’il était en proie à une bizarre inquiétude ; il se passa la main sur les yeux ; ses paupières gonflées étaient brûlantes, il avait la bouche pâteuse du sommeil. Il aurait voulu se trouver dans sa cellule ; il devait être sept heures, d’ici une demi-heure, la cloche imposant le silence allait retentir, carillon désordonné et rageur qui secouait les barreaux, faisait trembler les vitres et le grillage métallique de la fenêtre, la gamelle, le broc à eau, le seau hygiénique, le lit, les doigts de pied endoloris par l’immobilité. Du fond des couloirs montaient un murmure de voix étouffées, un bourdonnement lointain, qui se rapprochait peu à peu, prenait forme et s’alourdissait, emplissait corridors et cellules comme quelque chose de palpable, comme une coulée de plâtre dans un moulage d’argile. Cette rumeur sourde et confuse que l’oreille, pendant la journée, perçoit comme un écho vague et doux, diluée par la lumière tombant des fenêtres à travers le verre dépoli, résonne dans la pénombre, à cette heure qui annonce la nuit, comme la clameur d’une foule en marche : et l’idée du silence, l’imminence du sommeil semblent la rendre plus intense et plus pleine. Puis l’ampoule au dessus de la porte s’allumait, lueur rougeâtre qui se répandait lentement dans la cellule, envahissant peu à peu jusqu’au moindre recoin, les rugosités du crépi, la cuvette, le verre, la bouteille. Et soudain le carillon de la cloche, le carillon, le carillon, le carillon de la cloche. » Curzio Malaparte, L’excursion, Editions Nous, 2012. Titre original : La Passeggiata (1936) |






