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Poésie

Obéissance PDF Imprimer Envoyer

DE LA VERTU DE L’OBEISSANCE

Faire tout ce que je veux, telle est la suprême liberté ; une indépendance absolue, sans contraintes ni devoirs est le corollaire d’une liberté sans bornes. Telle est l’opinion commune. Cependant, comme le soulignait Valéry, la liberté est « un de ces détestables mots qui ont plus de valeurs que de sens », pour avoir justement trop de significations différentes. L’ « Émile » de Rousseau réduit en esclavage ne se pense-t-il pas aussi libre qu’une sauvage au fond des bois ? Quelles sont donc les conditions de ma liberté ? Être libre est-ce vraiment faire ce que je veux ou dois-je raisonnablement accepter des limites à ma liberté, Obéir est-ce renoncer à être libre ?

Si nous essayons de définir la liberté, ce mot qui « chante » mais « qui a fait tous les métiers » selon les mots de Valéry, nous pouvons dire tout d’abord que l’affirmation, selon laquelle être libre c’est pouvoir agir sans contraintes, va à l’encontre de la Déclaration des Droits de l’Homme qui limite la liberté par des bornes fixées par la loi. Montesquieu déclare à ce sujet : « la liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent » parce qu’il n’y a pas d’organisation sociale possible sans lois.

Cependant la liberté est une propriété essentielle de l’homme. L’homme est né libre, c’est un droit naturel qui ne peut être supprimé sans que soient supprimées du même coup ses qualités d’homme et de citoyen. L’homme ne peut renoncer à sa liberté sans s’exclure de l’humanité. D’une part, cette liberté peut être définie comme initiative et autonomie, mais d’autre part les Stoïciens ont essayé de se penser libre qu’ils fussent esclaves ou empereurs comme Marc-Aurèle. En effet, limiter l’indépendance, ce n’est pas supprimer la liberté. L’être humain est un être social qui ne peut vivre que dans l’interdépendance. Ainsi peut-on définir la liberté comme tout ce qui ne nuit pas à autrui, une liberté par la loi qui, certes constitue une contrainte pour l’individu mais qui convient à un être sociable, moral et raisonnable. D’après Rousseau, la liberté se comprend alors comme « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescripte ». Parce que je suis un être sociable, moral et raisonnable, j’ai aussi à devenir un être responsable. Je suis libre avec les autres, mes actions sont ordonnées à une fin et j’agis avec les autres. Ma liberté réside alors dans le choix de ces fins, dans le choix des moyens employés en référence avec les valeurs que j’ai faites miennes et aux limites que m’impose la loi d’un État de droit hors duquel mon action serait dépourvue de sens et d’efficacité.

La liberté n’est pas la possibilité de faire tout ce que je veux, elle n’est pas indépendance ; elle est bien plutôt : respect de la liberté d’autrui, respect de la loi qui garantit la liberté de chacun elle est possibilité d’initiative et d’autonomie, elle est essentiellement capacité de choix et responsabilité.

Nous voyons bien que les notions de liberté et d’obéissance, qui paraissent au premier abord antithétiques, ont un rapport beaucoup plus complexe : en effet, il nous est impossible de définir la liberté sans avoir recours à la notion même d’obéissance ; obéissance à la loi, qu’elle soit la loi civile ou la loi morale. Faut-il voir dans l’obéissance une simple opposition entre puissants et faibles, entre une élite et une classe contrôlée ? Ne faut-il pas plutôt voir un choix volontaire de soumission, un juste équilibre qui aurait pour but l’accès à une nouvelle liberté ?

L’éducation de l’enfant est un bon modèle d’obéissance. Un enfant de trois ans est sous le contrôle perpétuel de ses parents, pourtant ce contrôle n’est pas irréfléchi, il relève d’un but éducatif. Imaginons un enfant qui n’aurait pas été éduqué, dont les seuls rapports avec les autres auraient pour but de le maintenir en vie. Imaginons-le maintenant adulte, lâché parmi les hommes. Que saura-t-il de la liberté au sens où nous l’avons définie tout à l’heure ? La réponse est claire : il ne saura rien. Il ne faut donc pas considérer cette obéissance comme une entrave à la liberté mais bien plutôt un tremplin vers elle. Nous pourrions dire aussi que la liberté de l’homme passe par l’éducation qui lui révèle que l’obéissance est le catalyseur  de sa liberté en puissance. Attardons-nous ici sur le rôle de l’éducateur. Nous avons vu que son contrôle n’est pas irréfléchi. C’est à dire que l’éducation d’un enfant n’est pas un dressage. Une obéissance justifiée passe par une pleine compréhension de cette obéissance. Ainsi l’enfant qui est un être social, moral et raisonnable en devenir doit exercer sa raison et c’est à l’éducateur d’éveiller en lui les matériaux de sa liberté future afin que non content de la connaissance de sa liberté, l’enfant puisse la comprendre et l’utiliser à son tour. Raison et conscience morale ne peuvent se détacher de la liberté car le temps de l’obéissance aux parents n’est qu’une étape, et le nécessité d’une nouvelle obéissance s’impose, celle que Rousseau définit comme « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite » et qu’il nomme « liberté ».

Cette analyse a permis de réfuter l’opinion commune selon laquelle être libre c’est faire tout ce que je veux. La liberté est possibilité d’initiative et d’autonomie, elle est essentiellement capacité de choix et responsabilité. Bien plus cette analyse a permis d’affirmer que l’obéissance n’est en aucun cas un obstacle à ma liberté. En effet, cette obéissance est soit un tremplin vers ma liberté par un choix réfléchi. L’obéissance suppose l’acquiescement de la personne concernée, en ce sens on peut dire que la liberté me permet d’obéir et qu’obéir me permet de me libérer. Fort de cette obéissance, l’homme moderne pourrait conclure, un lieu et place de Winston, le héros de Orwell, non pas que « la lutte est terminée et qu’il aime Big Brother » mais que le combat continue et qu’il aime la liberté.