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Poésie

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MARTIN ANDERSEN NEXØ,

ITINERAIRE D’UN ENFANT PAUVRE

par Sylvian Christiansohn


martin_andersen_nexoRien de tel pour assurer la pérennité d’une œuvre littéraire qu’une adaptation cinématographique couronnée par l’un des plus prestigieux prix internationaux, la Palme d’or.

Pourtant avec la disparition des éditions Messidor, réunir les quatre tomes de Pelle le conquérant même chez un bouquiniste tenait de l’exploit.

Aussi, il nous revient de saluer l’initiative des éditions Gaïa[1] qui viennent d’en rééditer le premier tome, L’enfance[2]. Seule cette première partie du roman de l’écrivain danois avait été adaptée assez fidèlement dans le film de Bille August.

 

           L’histoire débute à Bornholm qui voit poindre un bateau chargé d’immigrants suédois en quête de travail et d’enrichissement facile, le Danemark étant réputé dans leurs espoirs comme pays de cocagne. Parmi eux, un vieux paysan veuf, Lasse, accompagné de son fils Pelle, âgé alors d’une dizaine d’années. Tous devront rapidement déchanter : L’île n’étant située qu’à quelques encablures des côtes suédoises, bien plus proches que le Danemark continental, les conditions de vie se révèlent à peine plus avantageuses que celles qu’ils ont quitté. Par conséquent, les Suédois ne seront engagés qu’à titre de main d’œuvre docile et bon marché. Le père et le fils, embauchés par un riche fermier connaîtront alors, plus que l’exploitation, l’humiliation de se retrouver au bas de l’échelle d’une hiérarchisation artificielle au sein des employés agricoles. A cette humiliation s’ajoutera, lorsque le garçon fréquentera l’école, l’hostilité et la rivalité entre enfants de marins et enfants de paysans.

           C’est dans cette atmosphère que Pelle tentera de tracer son chemin et de se forger un caractère et une réputation, tandis que son père cherchera à retrouver femme et gagner suffisamment pour acquérir et travailler sa propre terre. Mais, malgré la pauvreté et les coups bas, la vie réserve à ces deux êtres son lot d’expériences nouvelles et de joies. Et tant que la famille demeure unie, tout reste possible. Pourtant, si le film s’achève sur une note d’espoir, le premier tome du livre n’est que le prélude à d’autres combats, d’espoirs, de désillusion et de malheur car Pelle le conquérant est en fait ce qu’il faut appeler un Bildungsroman – un roman de formation –  de type socialiste et en partie autobiographique :

Martin Andersen est né dans une famille pauvre de l’île de Bornholm, probablement dans la ville de Nexø, imitant ainsi le Norvégien Knud Pedersen qui avait rendu hommage à son village natal de Hamsun. Paysan puis ouvrier, il n’a entrepris de véritables études qu’à l’âge adulte, avant tout pour témoigner de la condition des plus basses classes sociales. Politiquement engagé, probablement en tant que syndicaliste plutôt que militant, il semble pourtant garder une certaine lucidité dans ses écrits quant à l’espoir utopique qu’à fait naître le mouvement ouvrier dans les esprits et surtout il est conscient des limites que les dirigeants imposeront rapidement afin de satisfaire leur seule stratégie de prise du pouvoir. Ceci ne l’empêchera pas de s’exiler en R.D.A. lorsque son pays adhérera à l’Otan.

           Néanmoins, il n’est d’aucun besoin d’être inscrit au Parti pour apprécier la puissance évocatrice à l’œuvre dans l’écriture de Andersen Nexø, de sa dénonciation du processus de destruction des liens communautaires et de la criminelle sous-prolétarisation des plus pauvres, héritage de la Révolution industrielle et de la civilisation technicienne qu’il exècre. Son plaidoyer, de portée universelle et intemporelle, pour un nécessaire maintien des liens familiaux et d’une fraternité populaire et nationale, voire européenne, doivent plus à une réflexion propre et à la probable influence d’un Nikolas Grundtvig[3] qu’à une quelconque idéologie qui prétendrait refaçonner l’homme et faire du passé table-rase.

           Enfin, il nous aussi faut également saluer dans la présente réédition les nécessaires réactualisations de la traduction par Gaïa, corrigeant ainsi les expressions vieillies et les quelques aberrations syntaxiques, si ce n’est parfois la censure politiquement correcte des précédentes éditions.



[1] Martin Andersen Nexø : Pelle le conquérant / 1- L’enfance, Gaïa Editions, Chiroulet 40250 Larbey.

[2] A cette date, le second volume, L’apprentissage a également paru.

[3] Cf. Jean Mabire : Les éveilleurs de peuples