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Poésie

Beijing PDF Imprimer Envoyer

Beijing  

Par Patrick de Retonfey  


beijing cite interdite26 octobre

Me Voici a Pékin depuis ce matin. Tien An Men Platz (pas sûr de l’orthographe). On se croirait à Paris tellement ça grouille de chinois... Je suis assis et écrits. Les gens s’arrêtent pour regarder ce que je fais, ne suis-je pas dans l’un des derniers pays communistes avec la France et Cuba !! Le soleil est au beau fixe, une atmosphère de printemps. Monument aux héros, soldats au garde à vous, hiératiques. Des cerfs- volants dans le ciel et la Cité Interdite en face, avec un grand portrait de Mao à l’entrée, grotesque. Comme en France, le soviet vit en meublé dans les palais de la monarchie! Les dictateurs sont rarement des poètes. Leurs monuments sont souvent laids. A leur ressemblance, ils sont orgueilleux et veulent s’inscrire dans le temps au contraire des monarchies séculaires qui ont l’éternité pour eux. La Cité Interdite, Versailles sont intemporelles.

Cette place est trop cosmopolite pour me sentir vraiment en Chine. Il me faudra me perdre dans les petites ruelles qui ressemblent à des souks. Des odeurs, des couleurs, du bruit. Un vrai bain d’exotisme. L’hôtel où je loge est une ancienne maison typique, avec une cour intérieure, ses bois sculptés. Des branches d’arbres dépassent de la toiture, si je forçais mon imagination, je pourrais me croire dans un roman de Mishima, Le pavillon d’or ? Tant de beauté torturée par ces grands boulevards qui ceinturent ces petits îlots de sérénité. Beijing, c’est le Paris défiguré du Baron Hausmann. Oeuvre nécessaire dans la logique de développement et à la fois tragique pour la poésie des petites ruelles où le temps semble s’ être arrêté.

27 octobre

Il y a beaucoup d’acacias et de saules pleureurs à Beijing. C’est une ceinture verte des plus agréables pour la Cité Interdite ou les grands jardins de la ville. C’est une vraie culture ici, plus ancienne que chez nous. Les bruits de la ville s’y évanouissent au profit du chant des oiseaux. Ce matin, le soleil baignait la petite cour où je prenais mon petit déjeuner. C’était un moment délicieux. Il n’était que 8h30 et la ville m’ appelait déjà. Je me suis rendu dans le quartier des ambassades pour mon visa vietnamien. J’ai tenté le métro, très propre et pas si compliqué que ça, même sans plan ! La rame m’a déposé un peu loin dans un quartier d’affaires aux buildings impressionnants. Ca a son charme quand même. Toutes ces tours de verre érigées vers le ciel. De grands miroirs où les pékinois peuvent se refléter fièrement. Si l’on m’avait bandé les yeux et conduit ici, je n’aurais pu deviner que je contemplais la vitrine du communisme triomphant. C’est là qu’on peut se dire qu’il n’y a que peu de différences entre capitalisme et communisme, même froideur, même aveuglement.

A quelques pas, le parc Ritan. Un homme joue d’un instrument traditionnel, c’est plein de mélancolie. Saudade version chinoise. Une femme pose pour une photo, pleine de sérénité. D’autres font des exercices ou des prières. Instants volés à un quotidien qui ne m’appartient pas. Etre étranger aux choses vous les rend plus proches, plus fascinantes...

29 octobre

Longtan Park. J’aime les parcs, les bassins où se laissent apercevoir, dans l’eau verte, en contraste les poissons rouges. Les petits ponts qui vous donnent l’impression d’être plus grand. Des mariés viennent s’ y faire photographier. Des gens y déjeunent. Lieu de vie tout simplement. Des pavillons sculptés aux couleurs chaudes. Il y une harmonie réelle entre ces constructions qui semblent flotter, aériennes et les éléments qui les portent, l’eau, la terre, les arbres qui les protègent dans leur écrin. La laideur des pédalos en forme de canard, les tours que l’on aperçoit a l’horizon ne peuvent qu’altérer, sans jamais faucher, la beauté séculaire de ces oasis...

Si pour un Chinois, gravir la Grande Muraille au moins une fois dans sa vie est une obligation, pour un occidental, faire du vélo à Beijing est une nécessité. Le grand frisson sur les boulevards, la flânerie dans les Hutongs (vieux quartiers liliputiens dont la Chine ne sait que faire hésitant entre modernité et tradition). Beijing est une fourmilière démesurée. Rentrez dans une boutique, une supérette, vous avez une vendeuse par allée. Dans la rue, un agent à chaque carrefour, passage clouté. Des colonnes de bicyclettes à faire pâlir d’effroi un titi parisien, des divisions de magasins qui attirent l’œil, des odeurs qui vous ouvrent l’appétit. Voilà Beijing, un voyage au bout des sens...

30 octobre

Destination le Palais d’été. Il faut s’élever pour y accéder. Une succession d’escaliers ralentissent la progression. Ils donnent le sentiment de gravir le ciel, d’accéder à un nuage. Toujours cette impression de pavillon flottant dans les cieux, le divin n’est jamais aussi proche. Le voici, avec son pavillon où siègent de nombreuses statues de divinités. Elles précèdent le palais. Comme souvent, le monarque s’identifie aux dieux qu’il assujettit à sa propre splendeur. Il est normal alors que sa résidence domine l’ensemble. Les marches sont usées par les pas répétés depuis des siècles mais le charme n’en est que plus émouvant. Lieu de mémoire, de mélancolie, le temps ici suspend son vol. Un véritable labyrinthe s’avance à nous. Un fil d’Ariane invisible nous propose un chemin dans ce dédale de rochers et d’escaliers. Symbolique orientale. Plusieurs vérités, plusieurs chemins, un seul but. Enfin, le sommet et l’eau en contrebas où tout se reflète. Deux faces, deux masques. Le ciel joue avec l’eau. Dans la brume ils ne font qu’un. Harmonie. Tableau impressionniste. Nous sommes dans le jardin d’Eden. Plus de labyrinthe, plus de rocher, la descente est limpide, une sorte de longue coulée entourée de verdure. Des pavillons s’invitent à notre regard, cachés par des pins. Leurs dimensions sont plus importantes au fur et à mesure de la descente. L’ architecture se dévoile. Les toitures sculptées, les tuiles colorées, les boiseries, les colonnes. Le grenat est omniprésent ! Il s’imbrique parfaitement au vert des arbres. Et puis ce bateau ivre de marbre au détour d’ un escalier. Il attend un départ improbable depuis des siècles. Mais le temps ici s’est arrêté depuis longtemps. Et qui voudrait quitter ce rivage?

L’endroit est si grisant qu’il annihile toute volonté. Volupté triomphante qui annonce décadence, chaos et renaissance finalement dans le rêve, la nostalgie, l’intemporel. Maintenant qu’il est mort à lui même, l’idée du monarque peut s’offrir à l’universel.

1er novembre

Sur la route de la Great Wall, les montagnes sont tout à fait comme on peut se les imaginer de part les représentations lithographiques. De petits villages précèdent l’une des merveilles du monde. On y voit encore des ânes tirant des charrettes, image d’un autre temps. Ici, déjà les murets sont en forme de muraille !! Grande activité partout mais peu semblent vraiment travailler. Les maraîchers sont à la tâche et nous, nous allons vers notre but. Au détour d’un virage, une montagne crénelée: le mur. Progression vertigineuse. On dirait que la montagne est croquée... Couronne de pierre. Image carte postale. Les pierres, les dalles sont très belles. L’ascension est rude et les descentes souvent abruptes. Ce n’est pas de tout repos.

Avec deux Flamands, Jaspers et Thomas, nous allons passer la nuit dans une tour. Instants magiques. Tout est silence. Je pense à la grande solitude des soldats gardant cette frontière irréelle. Il y a un peu du Désert des tartares de Buzzati dans ces lieux. Nous reproduisons les mêmes gestes, chercher du bois pour le feu, pour la veillée. Nous avons du vin, de l’alcool de riz : les deux pieds contre la muraille, comme dans la chanson à boire des Chevaliers de la table ronde... Ceux qui ont passé la nuit dans les ruines de  Montségur comprendront...

Ces lieux sont tourmentés, chaînes de montagne bosselée à perte de vue. On dirait qu’ici, l’œuvre de Dieu n’est pas achevée et que l’homme a voulu apporter sa touche personnelle. Ca donne un équilibre au chaos.

Le lendemain, arrêt à une petite auberge dans un cadre bucolique. Assis sur un muret de la terrasse, j’ écris. Le soleil brille après une nuit pluvieuse. Une petite passerelle en bois nous relie à la route. Apres l’ effort, une bière bien fraîche est une belle récompense (n’est-ce pas Guillaume !). Des Ténardiers locaux tiennent le lieu, j’y resterais bien une journée à rêvasser. Mais il faudra rompre le charme et repartir pour Beijing. Encore la Cite interdite et départ pour Shanghai...

2 novembre

Petits exercices matinaux de soldats dans la Cite Interdite, ressemblent aux rassemblements scouts en carré ! Il fait grand soleil. Il n’est pas 9 heure et c’est déjà plein d’une foule de petits groupes à casquettes de différentes couleurs. Un guide avec un petit drapeau et c’est parti pour une visite au pas de course. De petits canaux enjambent de jolis ponts arrondis. Le groupe des bobs gris écoute religieusement le guide. Celui des casquettes rouges gravit un escalier alors que celui des casquettes bleues attend sagement lui aussi... Nous passons de grandes cours vides, des escaliers, des portes. Tout est monumental mais cela ne ressemble pas à un lieu de vie. Tout est désespérément vide. Les Chinois sont infernaux, ils se marcheraient dessus. C’est un spectacle hallucinant, tous ces petits enfants de Mao se précipitant pour prendre en photo la salle où semble-t-il se trouve le trône. Richement décorée, c’est la seule qui m émeut un peu. C’est mon côté fleur bleue ou lecteur de Gala...

Il y a une espèce d’impudeur à visiter ce lieu. A tout regarder, toucher. Un homme a vécu là, intouchable, insaisissable et aujourd’hui des milliers de pieds, de mains souillent tout ça, s’abreuvant de commentaires, de sodas, mitraillant le moindre recoin de flash. Le lieu aurait pu devenir un sanctuaire, les Rouges se sont bien vengé en en faisant un Dysneyland. Si on laissait les gens, chacun rapporterait un souvenir, qui un morceau de pierre, qui de la boiserie. En quelques jours ce que le temps n’a pu détruire cette masse n’ en ferait qu’une bouchée.

Les toitures sont très soignées. J’aime les toits en général, j’avoue que ceux que j’aurais vu, ici en Chine, sont loin de me laisser indifférent. Avec leurs petits personnages, leurs entrelacs, leurs tuiles arrondies pour des toits pointus. Dans certaine partie latérale, j’arrive à me retrouver seul pendant quelques minutes: je suis l’empereur, mes sujets m’attendent, là, dehors, mais je veux encore rester seul un moment ! De petites cours donnent sur d’autres petites cours. Des passages, des portes, des murs colorés, des arbres, le ciel, les toits... Les visites guidées. Des Français, une Française charmante, elle est grande, élancée, un visage aristocratique, j’aimerais lui offrir un des portes bonheur que l’empereur accordait a ses courtisanes...

La Cite interdite n’est finalement qu’un Hu Tong richement décoré, avec ses cours carrées, imbriquées les unes aux autres. Et bien sûr, ces merveilleux jardins qui resteront pour moi l’essence de la Chine.