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Poésie

Robert Brasillach PDF Imprimer Envoyer

Entretien posthume avec

Robert Brasillach

par Marie Lepetitcorps

brasillachC’est le printemps, par une belle mâtinée. Assis sous le vélum léger de Lipp, Robert Brasillach m’attend. Son regard, large et noir, protégé de grosses lunettes rondes, me reconnut aussitôt avant que j’eusse fait un signe. Une tendre lumière de mai vernissait les toits et les arbres du boulevard Saint-Germain. Le clocher de l’Eglise, les lointains du Quartier latin proposaient ces nuances délicates que les descriptions parisiennes de Brasillach savaient traduire si délicatement. L’heure était aux confessions. J’entrais dans le vif du sujet :

Marie Lepetitcorps - Ca n’a pas dû toujours être simple de vivre loin des vôtres, qui plus est en camps d’internement, alors revoir Paris après toutes ces années :

Robert Brasillach - « Quand j’étais prisonnier, un de mes camarades avait un admirable talent, qui consistait à imiter le bruit du métro : les portillons, le démarrage, le coup de sifflet, rien n’y manquait. En outre, il connaissait à peu près par cœur la liste des stations, il nous la récitait sans faute comme un chapelet prestigieux. On se rangeait autour de lui comme à un office, et il commençait sa litanie merveilleuse, agrémentés de bruits. Aucun poème ne m’a jamais paru valoir la succession des mots Châtelet, Cité, Saint-Michel, Odéon, qui ranimait pour moi cette patrie grise et scintillante, peuplée par la jeunesse et bornée par mes souvenirs. Et voici que maintenant j’y avais abordé à nouveau, comme dans l’île des vacances. M’en laisserais-je jamais arracher ?

(Brasillach marque une pause. L’air rêveur.)

_ « Je n’avais sur le dos qu’un vieux sac de montagne, souvenir d’anciennes étapes de camping, où j’avais rassemblé, à la veille de la retraite, tout ce qui me serait nécessaire pendant ces quarante mois que je ne prévoyais point. Je tenais le surplus dans une petite boîte carrée de carton et l’ancienne musette de mon masque à gaz réglementaire. D’autres étaient encore encombrés de valises et de sac, mais j’avais laissé au camp les livres que j’avais reçu pendant ma captivité. J’aime aborder la vie sans bagage, et c’était la vie que j’abordais une fois de plus, passée, cette fois, la trentaine… »

(il s’arrête à nouveau puis reprend)

_ « Mais si j’aime mon passé, je sais aussi attendre avec une curiosité immense les promesses de l’avenir, et j’ai confiance en lui pour l’écouter au milieu du pire malheur.[1] »

Marie Lepetitcorps - Une photo montage aura suffit à votre perte :

Robert Brasillach - « le prétexte le plus étonnant suffit à légitimer les contributions les plus arbitraires[2] »

Marie Lepetitcorps - A l’instar du regretté Volkoff, on ne vous sent toujours, finalement, que moyennement démocrate :

Robert Brasillach - « Tout le monde connaît les vers de Cinna, assez médiocres dans leur rythme d’ailleurs, où Corneille exprime sa méfiance à l’égard de la démocratie, pour des raisons qui n’ont cessé d’êtres valables. Voici le suffrage universel :

Mais quand le peuple est maître, il n’agit qu’en tumulte :

La voix de la raison jamais ne se consulte.

Voici le « pas d’ennemis à gauche », la domination des extrémistes :

Les honneurs sont rendus aux plus ambitieux,

L’autorité livrée aux plus séditieux.

Voici les députés, l’impossibilité de toute réforme gouvernementale :

Ces petits souverains qu’il fait pour une année,

Voyant d’un temps si court leur puissance bornée,

Des plus heureux desseins font avorter le fruit,

De peur de le laisser à celui qui les suit.

Voici l’augmentation du traitement des parlementaires, le pillage du budget, les subventions, la complicité de la droite et de la gauche :

Comme ils ont peu de part aux biens dont ils ordonnent,

Dans le champ du public largement ils moissonnent,

Assurés que chacun leur pardonne aisément,

Espérant à son tour un pareil traitement.

Et voici la conclusion immortelle :

Le pire des Etats, c’est l’Etat populaire. »

Marie Lepetitcorps - Corneille, on le voit dans vos propos, aura tenu une place importante dans votre formation intellectuelle, votre œuvre :

Robert Brasillach - « Contre les vieillards attachés à leur place et à leur protection, contre la dictature des masses, c’est évidemment son aristocratisme natif, son dédain de jeune conquérant, sa fierté, qui a dressé tout d’abord Pierre Corneille. Tout se tient dans son système d’humeurs et de réactions, et l’anarchisme léger des comédies de jeunesse l’amène assez vite à ses thèmes politiques les plus chers : ce n’est pas la seule analogie qu’il ait avec Barrès.

Il gardera toujours quelque chose de cet impérialisme. Si nous pouvons y trouver aujourd’hui d’assez vifs plaisirs, c’est qu’il l’a toujours traduit de manière théâtrale, et qu’il semble avoir prévu, en même temps, des vertus dramatiques très modernes. »

Marie Lepetitcorps - De la Rome décadente à l’Europe technocratique :

Robert Brasillach - « Nicomède n’est pas autre chose, où tout en reconnaissant la grandeur de l’Empire, le jeune prince héroïque tente de faire retrouver à un père indigne, à un frère naïf, la grandeur propre de sa patrie. Et si le père est inconvertible, le fils finit par comprendre, lui qui pourtant, ainsi que nous l’expliquait jadis André Bellessort dans la classe de Louis-Le-Grand, est pareil au fils d’un rajah hindou élevé à Oxford, et qui revient persuadé que rien n’est meilleur que l’armée anglaise, la politique anglaise et le plum-pudding anglais. C’est contre de tels avilissements que luttent les héros chers à Pierre Corneille[3]. »

Marie Lepetitcorps - Vous avez eu l’occasion de parler avec un allemand un jour, de la guerre et de ses vertus auxquelles il semblait si attaché, il professait alors une singulière estime pour les Français, à cause de quelques batailles :

Robert Brasillach - « N’allons pas trop loin, lui ai-je dit. Je ne crois pas à cette estime, à cet amour, fondé sur la bataille. Ce serait une étrange politique que de se faire la guerre, de se tuer (et je ne veux pas vous parler d’autre chose, des villes prises, des femmes et des enfants fusillés, car après tout, il y a eu aussi cela dans votre, dans notre guerre), que de se tuer pour s’estimer ensuite. Je n’aime pas beaucoup ce romantisme du guerrier. Nous ne sommes plus au Moyen Age. Si nos armées n’étaient faites que de chevaliers qui combattent par choix et par liberté, quelle plus grande beauté humaine pourrait-il y avoir  que la guerre ? Mais il y a un tas de pauvres bougres qui n’ont aucun besoin de tant d’héroïsme théâtral. La guerre est belle si on la veut : quand on ne la veut pas, que diriez-vous ? Je crois qu’il faut chercher ailleurs, que voulez-vous, sa justification. Ailleurs que dans sa beauté. Contentons-nous de dire qu’elle est une épidémie terrible, et dans une épidémie l’homme aussi à l’occasion de montrer sa grandeur, comme dans toute sa souffrance et tout occasion de risque. C’est déjà suffisant. »

Marie Lepetitcorps - Vous avez toujours été sensible au charme de la vie, à ce Paris animé par les étudiants, le rire des enfants, le chant des oiseaux :

Robert Brasillach - « A Montmartre, à Vaugirard, à Sainte Geneviève, les coteaux de Paris présentaient leurs trésors, connus seulement des amateurs véritables de la ville : les charrettes à bras chargées de fruits, les boutiques étroites et froides, les vieilles portes où pendent les cages à oiseaux, et les enfants montés sur patins à roulette, qui courent sur les trottoirs et dans les rues désertes. »

Marie Lepetitcorps - Un monde où il est difficile d’être adulte, de trouver sa place, ainsi de René le « frère » de Florence dans votre premier roman :

Robert Brasillach - « Il s’apercevait déjà que vivre, c’est trahir à chaque instant son passé le plus cher, mais il bénissait le destin que cette trahison s’accomplit avec des personnages aussi futiles et aussi irréels. Il commençait sa vie d’adolescent avec les fantômes, les illusions, et sans doute en resterait-il marqué jusqu’à la fin de ses jours, et ne réussirait-il plus jamais à croire tout à fait au sérieux de l’existence. C’était mieux ainsi, c’était mieux qu’il oubliât l’île de son enfance, et le petit compagnon de jadis, avec les marionnettes et les comédiens : la trahison lui paraissait moins substantielle. Il avait l’amitié, la camaraderie, les querelles, la gaieté[4]. »

 

Marie Lepetitcorps - Un monde presque irréel, plus proche du conte que de la réalité (De la charité, de la justice) :

Robert Brasillach - « Content de son sort, un marchand d’oiseau peut aimer un Chevreau content de son sort. Je crois que l’amour est interdit entre deux mécontents qui ne vivent pas sur la même planète. Il ne peut amener que les pires catastrophes, parce qu’il trouble un ordre que je trouve abominable, l’ordre de ce monde qui tient par la force de l’habitude, et probablement par pour très longtemps. (…) comment voulez-vous qu’on ne désire pas remplacer ce qui est, et permettre de nouveau à la charité, à la fantaisie du cœur, aux coups de tête de la folie et de l’amour, au sacrifice et à l’adoption, de se faire une place sur la terre[5] ? »

Marie Lepetitcorps - vous, Robert Brasillach vous avez vos romans, le théâtre : quel jugement portiez-vous à l’époque sur la littérature :

Robert Brasillach - « Sur un plan très supérieur, on se disait que cette période extraordinaire de 1900 à 1914, qui va de l’Enquête sur la Monarchie aux mystères de Péguy, en passant par le renouvellement de Barrès, le romantisme féminin, les drames de Claudel, les grandes œuvres de Gide, et au bout de laquelle, obscur et magnifique, débute Marcel Proust, est une des plus fécondes périodes de l’histoire des lettres françaises. La preuve est que nous en vivons encore et que nous avons rien ajouté[6]. »

Marie Lepetitcorps - Cependant, à l’origine de tout cela, il y a la poésie grecque que vous avez formidablement dépoussiérée dans votre remarquable anthologie :

Robert Brasillach - « Définir en quelques lignes la poésie de la Grèce antique est une tâche si insoutenable qu’il n’est pas possible de même y songer. Mais le monde est ainsi fait, mais la culture est si oubliée, mais les écoles ont si vite remplacé la saveur des chants anciens par le plus morose des mâchonnements de textes, qu’il faut bien prévenir, tout simplement, les oublieux, qu’ils se trouvent devant le trésor où ont puisé, aux cours des siècles, aussi bien les latins que les Français, les Anglais que les Allemands ou les Italiens. Chacun suivant sa chance et suivant son goût, ils sont allés tirer de ces éternelles carrières les marbres mutilés mais rayonnants qui brillent dans leurs musées, les uns demandant aux Grecs l’ordre, d’autres la passion, d’autres le soleil et d’autres la nuit des initiations Eleusiniennes, et Racine comme Chénier, Nietzsche comme Hölderlin, Shakespeare comme Pétrarque et comme d’Annunzio, ou l’ombre encore si proche de Jean Giraudoux, sont là pour nous dire que la Grèce n’a jamais cessé d’être vivante[7]. »

Marie Lepetitcorps - Ces quelques heures qui vous restez à vivre, ces quelques jours où vous avez dû vous cacher de la déréliction des hommes, de l’épuration, vous retrouver avec vous-même finalement, seul face à Thémis, devait rajouter à la tragédie de votre destin :

Robert Brasillach - « Tout tourne autour du monologue, puisque le monologue pose la grande question humaine, celle du pourquoi de l’existence : être ou ne pas être. Cela, tout le monde le sait.  Mais on sait moins qu’à la fin de la pièce, une minute avant le duel, Hamlet a résolu le dilemme. Il va se battre ; il a déjà dit : « J’accepte mon destin. » Et maintenant, il dit : Let be. Ce qui signifie : « Laissons aller les choses. » Mais la traduction française laisse de côté l’essentiel (en russe, on pourrait traduire à la fois le sens caché et le sens apparent). Car l’essentiel est la réponse au monologue : To be or not to be ? Réponse : « j’accepte, let be. »

Marie Lepetitcorps - Les années trente allaient vous jeter, face aux formidables évènements qui se profilaient, dans un tourbillon bien enivrant :

Robert Brasillach - « L’APRES-GUERRE agonisait doucement. Les conséquences du krach américain de 1929 ne s’était pas fait sentir tout de suite en France et le ministère Tardieu avait pu paraître auréolé des plus gentilles promesses. L’industrie pourtant commençait de ressentir les contrecoups de la crise, et partout l’univers devenait muet, feutré et sournois. Tout doucement, le communisme s’organisait en profondeur, mais on affectait de n’y point croire. Une conspiration de francs-maçons, de cléricaux et de révolutionnaires renversaient la monarchie espagnole en 1931 et Pierre Gaxotte pouvait s’écrier dans Je suis partout : «  Cette fois, c’est à notre porte. » Non moins profondément, l’Allemagne se renforçait, et à chaque saison, on agitait quelque épouvantail nouveau de l’autre côté du Rhin. »

Marie Lepetitcorps - Et bien sûr, il y eut l’étrange affaire Stavisky qui ferait presque sourire nos contemporains mais qui prit à l’époque des proportions insoupçonnées :

Robert Brasillach - « Il y avait eu des manifestations presque tous les jours pendant le mois de janvier 1934. Le 27 janvier, à la suite de l’une d’elle, le cabinet Chautemps, qui avait obtenu sa majorité à la Chambre démissionnait. On appelait au pouvoir des hommes qui avaient une réputation d’énergie, Daladier, président du conseil, Frot, ministre de l’Intérieur, mais l’énervement continuait. Pourtant, l’habitude aidant, on ne pensait pas que le 6 février serait plus grave que d’autres journées. »

Marie Lepetitcorps - Et pourtant, il ne fallut pas grand-chose ce jour là pour que le vent de la révolte l’emporte, qu’un vent nouveau souffle et apporte, tel l’hirondelle, un nouveau printemps :

Robert Brasillach - « Et il n’y avait plus d’opinions, et les communistes s’accordaient avec les nationalistes, et le matin l’Humanité avait publié un appel pour demander à ses troupes de se joindre aux Anciens Combattants. Une immense espérance naissait dans le sang, l’espérance de la Révolution nationale, cette Révolution dont le vieux Clemenceau avait dit qu’elle était impossible « tant que des bourgeois ne se seraient pas fait tuer place de la Concorde ». Elle se formait à travers cette nuit tragique, où couraient les bruits les plus divers, la démission du Président de la République, l’annonce de centaines de morts, la griserie, la colère, l’inquiétude. Au Weber, les blessés étaient étendus, et Mgr de Luppé, avec ses ornements épiscopaux, venait les bénir. Le couple divin, le Courage et la Peur, comme l’a écrit Drieu la Rochelle qui a si bien senti cette nuit exaltante, s’était reformé et parcourait les rues. »

Marie Lepetitcorps - On peut donc légitiment regretter les errements, les renoncements des uns et des autres, de gauche comme de droite :

Robert Brasillach - « Pour nous, nous n’avons pas à renier le 6 février. Chaque année, nous allons porter des violettes place de la Concorde, devant cette fontaine devenue cénotaphe (un cénotaphe devenu de plus en plus vide), en souvenir de vingt-deux morts. Chaque année la foule diminue, parce que les patriotes français sont oublieux par nature. Seuls les révolutionnaires ont compris le sens des mythes et des cérémonies. Mais si le 6 fut un mauvais complot, ce fut une instinctive et magnifique révolte, ce fut une nuit de sacrifice, qui reste dans notre souvenir avec son odeur, son vent froid, ses pâles figures courantes, ces groupes humains au bord des trottoirs, son espérance invincible d’une Révolution nationale, la naissance exacte du nationalisme social de notre pays. Qu’importe si, plus tard, tout a été exploité, par la droite et par la gauche, de ce feu brûlant, de ces morts qui ont été purs. On n’empêchera pas ce qui a été d’avoir été. »

Marie Lepetitcorps - Vous connûtes également une « révolution des âmes » et à l’heure de la « Terreur rose »  (Front Populaire) avec vos amis partiez sur les traces de Péguy :

Robert Brasillach - « Anciens admirateurs de Péguy, nous parlions depuis longtemps de faire le pèlerinage de Chartres. Nous n’étions pas tous férus de marche, certes, et moi-même moins que tout autre. Mais nous ne connaissions pas la cathédrale, la ville, et puis nous voulions voir. Les jeunes gens commençaient alors à courir les routes, à dormir dehors. Notre premier pèlerinage est de l’ascension 1936, par un temps frais et pluvieux. (…) J’avais emprunté à Jean Effel, pour partir, un sac de campeur qu’il avait rapporté de Russie, et que nous blaguions beaucoup parce qu’il était de qualité assez médiocre, que ses cuirs se déchiraient comme du papier, et qu’il nous inspirait les doutes les plus vifs sur l’industrie et l’armée soviétiques. J’ai pourtant gardé depuis lors ce « sac de Komsomol » et je ne méconnais pas l’humour qu’il y a à le traîner aujourd’hui dans mes déplacements. »

Marie Lepetitcorps - C’est d’ailleurs à cette époque que vous voyageâtes à travers l’Europe, curieux de tout, mais surtout sensible aux bouleversements qui secouaient de la cave au grenier notre « vieille Europe » et dont Léon Degrelle allait apparaître comme le symbole entre autres de ce renouveau :

Robert Brasillach - « A son sujet, Bertrand de Jouvenel évoquait un jour ces garçons autour de qui, dans les lycées et les collèges, on se range naturellement, qui font la loi dans la classe, que l’on aime et que l’on admire. Et, bien que la plupart du temps, ces admirations ne survivent pas à l’âge d’homme, il déclarait trouver en Léon Degrelle, comme un souvenir du « dictateur des cours de récréation » qu’il avait dû être. Le mot me paraît exact. Il y eut chez Léon Degrelle quelque chose du Dargelos des Enfants terribles, (« l’élève Dargelos était le coq du collège ») qui savait se battre à coups de boules de neige[8]. »

 

Marie Lepetitcorps - De farces et de bons mots, le « Rex Appeal » face aux « banxters », de sagesse et de conviction également, de foi surtout :

Robert Brasillach - « C’est Notre-Dame-de-la-Sagesse qui apprendra au jeune homme et à ses pareils le chemin qu’ils doivent suivre désormais :

Vous nous direz où doit passer la route

Et avec quels outils nos mains vont la tracer…

Notre idéal n’est pas demain mais chaque jour…

Comme un soldat qui marche au pas sur la chaussée,

Nous irons humblement apprendre le devoir…

 

Déjà, Léon Degrelle ne l’ignorait pas. Déjà, il avait commencé de construire cette route faite pour d’autres, où tant d’hommes, il l’espérait, allaient passer. Et désormais sa propre histoire va se confondre avec celle de son mouvement et de son parti[9]. »

Marie Lepetitcorps - Vous-même, votre œuvre, allaient se confondre avec votre exécution inique :

Robert Brasillach - « Ceux qui meurent peu après la trentaine ne sont pas des consolidateurs, mais sont des fondateurs. Ils apportent au monde l’exemple étincelant de leur vitalité, leurs mystères, leurs conquêtes. Hâtivement, ils montrent quelques routes à la lueur de leur jeunesse toujours présente. Ils éblouissent, ils interprètent, ils émerveillent. Dieu à choisi, dans son apparence terrestre, d’être pareil à ces êtres-là, de mourir à l’âge d’Alexandre. Autour de vous, hommes ou femmes, vous avez connu de ces apparitions un peu exaltantes, un peu mystérieuses. Elles brûlent leur propre vie, parfois celle d’autrui, mais elles donnent la flamme, l’avenir. On n’imaginerait pas Alexandre vieilli et sage, législateur de l’Orient : son rôle est de mettre face à face l’Occident et l’Orient. Après, débrouillez-vous ! Tels ces êtres qui disparaissent avant les tares, avant l’équilibre, avant leur propre réussite. Ils ne sont pas venus apporter la paix, mais l’épée[10]. »

Marie Lepetitcorps - Et pour vous, l’épée, ne serait-ce Roger Nimier qui la portera avec le plus d’éclat :

Robert Brasillach - « C’est un des mystères les plus profonds de l’homme, l’un des plus beaux et des plus consolants que cette survivance, ou plutôt cette surgie d’un être dans un être qui lui est proche, à un moment de la vie. Chacun de nous peut sentir autour de lui, en lui, revivre ceux qu’aime son sang, s’il est assez attentif aux puissances qui le dépassent et le soutiennent… A mesure qu’il avance dans la vie, il sent sa vie reprendre une autre vie, parfois la dépasser, réaliser les rêves que l’autre n’avait pu réaliser, parfois être inférieure. S’il va plus loin, il est heureux. Heureux non pas d’un bonheur personnel, mais d’un bonheur qui est plus grand que lui. Car il lui semble alors qu’un effort est payé, et que cet effort n’est pas seulement le sien. Il a remis, pour commencer, les pas dans les pas. La suite de la course, au fond, importe peu[11]. »

Marie Lepetitcorps - A Fresnes finalement, vous vous étiez fait à votre sort :

Robert Brasillach - « Dans cette prison, j’ai lu les pages politiques de Chénier, où le vrai visage de la Révolution de 1793 est si magnifiquement apparent, loin des déformations de la légende. Peut-être plus tard les regarderas-tu à ton tour, je te le demande, comme une clef prophétique des évènements de 1944. Tu pourras y méditer sur les dernières lignes publiées par Chénier dans un journal encore presque libre où il déplorait « l’avilissement d’une grande nation réduite par ses fautes à choisir entre Coblentz et les Jacobins ». Nous avons aussi Coblentz, de nos jours, et nous avons nos jacobins. Il ne faut que deux noms à changer pour rendre la phrase actuelle, mais l’avilissement reste valable dans les deux époques. »

Marie Lepetitcorps – Cet avilissement, ce ressentiment, cette bassesse, on la retrouvera formidablement et courageusement exprimée et décrite chez des écrivains si différents et si proches à la fois, ces Vincenot[12], Aymé[13], Perret[14], chez le polémiste Galtier-Boissière, le cinéaste Audiard ou le dandy Védrines[15]… qui avaient vécu cette période sans se compromettre et qui savaient de quoi ils parlaient, eux, contrairement aux histrions de la petite lucarne qui nous abreuvent de poncifs subjectifs à longueur d’année :

Robert Brasillach - « Les petits enfants des écoles apprendront plus tard, je m’y résigne, que pendant quatre ans sans discontinuer les Allemands fusillaient les français au coin des rues, alors que beaucoup de Français ne se sont même pas aperçus, pour ainsi dire, de l’occupation, et qu’un certain nombre de ceux qui lui étaient le plus hostiles en paroles se sont largement enrichis à son contact. On écrira peut-être cependant un jour la vérité sur ces années si curieuses, et j’espère que la passion ne les déformera pas trop. L’occupation est toujours pénible à un orgueil national, et elle entraîne toujours des fautes : mais il faudra bien rendre cette justice à l’Allemagne que pendant trois ans au moins, c'est-à-dire avant le développement de la guerre civile, et dans la plupart des lieux, cette occupation fut au minimum correct dans ses formes, dans ses rapports avec la population, même si certaines mesures d’ordre général n’étaient pas adroites[16]. »

Marie Lepetitcorps - Comme en France l’on ne saurait se quitter sans chanson, peut-être que quelques vers aideraient à nous séparer :

Robert Brasillach - « Ceux qu’on enferme dans le froid, sous les serrures solennelles,

Ceux qu’on a de bure vêtus, ceux qui s’accrochent aux barreaux,

Ceux qu’on jette la chaîne aux pieds dans les cachots sans soupiraux,

Ceux qui partent les mains liées, refusés à l’aube nouvelle,

Ceux qui tombent dans le matin, tout disloqués à leur poteau,

Ceux qui lancent un dernier cri au moment de quitter leur peau,

Ils seront quelque jour pourtant la Cour de Justice éternelle[17]. »

Vous pouvez retrouver l’intégralité des propos de l’auteur dans son œuvre. Bonne lecture ! A consommer sans modération…



[1] Six heures à perdre, roman (Plon, 1944).

[2] Bérénice ou la Reine de Césarée, théâtre (Les sept Couleurs, 1954).

[3] Corneille, essai (Fayard, 1938).

[4] Comme le temps passe, roman (Plon, 1937).

[5] Le Marchand d’oiseaux, roman (Plon 1936).

[6] Portraits, essai (Plon, 1935).

[7] Anthologie de la poésie grecque (Stock, 1950).

[8] Notre avant-guerre, souvenirs (Plon, 1941).

[9] Léon Degrelle et l’avenir de « Rex », éd Le Jeune Européen.

[10] Les sept couleurs, roman (Plon 1939).

[11] Le voleur d’étincelle, roman (Plon, 1932).

[12] Henri VINCENOT, Walter, ce Boche mon ami, Editions Denoël, 1954.

[13] Marcel Aymé, Uranus, Editions Gallimard, 1948.

[14] Jacques Perret, Bande à part, Editions Gallimard, 1951.

[15] Louis Védrines, Souvenirs parisiens, 1940-1944, Editions Dualpha, 2003.

[16] Lettre à un soldat de la classe 60, essai (Les sept couleurs, 1948).

[17] Poèmes de Fresnes, poésie (Les sept couleurs, 1948).